Christelle Simon
Acupuncture - Avignon

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Pratiquant l'acupuncture depuis plus de 20 ans, le Dr. Thinion  dévoile pour nous la face cachée, intérieure, invisible de l'acte d'acupuncture, celle qui en fait ma puissance...

Acte-pouvoir et travail de conscience

Alors que dans la tradition, l'acupuncture a toujours été considéré comme un acte-pouvoir, l'enseignement actuel débouche plutôt sur la formation d'acupuncteurs au savoir correct, mais aux résultats médiocres, voire dangereux car ne possédant aucun pouvoir. Cet acte nécessite une présence totale, une harmonie à tous les niveaux et une alliance entre la rationalité et l'intuition, quelque fois l'insaisissable. Il s'agit justement ici de disséquer cet acte pour en monter la face cachée, intérieure, invisible.

 

 

 

L'acte de l'acupuncteur est autre chose que le geste de piquer suivant des recettes. Cet acte, d'abord, vient du vécu intérieur de l'acupuncteur et exprime par son geste l'enseignement qu'il a reçu; sa manière de piquer est la concrétisation de son cheminement de pensée. L'acte d'acupuncture va franchir au niveau de la peau la limite entre l'externe et l'interne ; il est inséparable du désir de faire entrer en l'autre l' « Homme du Tao », le « Moi Guérisseur » qui doit aussi être délivré à l'intérieur de l'acupuncteur lui-même. C'est pourquoi, par sa prise de conscience, il faut être l'acupuncture avant d'être l'acupuncteur, de même qu'il faut être la danse avant d'être danseur. L'acupuncture, c'est aussi un dialogue, une résonnance, un véritable corps à corps énergétique entre le thérapeute et le malade. Le corps du thérapeute et le corps du malade, c'est le même et c'est précisément cette identité qui permet d'abolir la distance et de délivrer le malade.

 

 

 

Le thérapeute doit avoir pris conscience des nombreuses cuirasses de son corps, cuirasses qui, d'insconscientes, sont passées à une restructuration consciente. C'est cette prise de conscience qui  permet au thérapeute d'induire la guérison chez son patient ; c'est le travail des états de conscience de l'acupuncteur qui lui permettra de maîtriser l'intention et la qualité de l'acte thérapeutique. Dans ces états de conscience, prendre la mesure de choses devient prendre le rythme des choses ; il s'agit plus d'être dans le non-faire que dans le faire, dans l'invisible que dans le visible pour laisser les choses apparaitre et la transformation s'opérer. Cet inexprimable est ce qu'il y a de plus essentiel dans l'acte thérapeutique, car c'est qui lui permet d'être un acte pleinement créateur.

 

 

 

Le placement juste de l'agir et le centrage entre Terre et CielLe placement juste des structures du corps du thérapeute est nécessaire et essentiel pour que ce corps soit libre dans ses émissions comme dans ses réceptions ; de cette justesse du placement nait la justesse du geste de l'acupuncture, car la thérapie est mouvement comme la vie.Le corps du thérapeute doit être symétrique, fluide, conscient; son axe vertébral doit être souple, puissant, assurant un lien entre le ventre et la tête. Le cou doit être dégagé, libre, sans contraction, les mâchoires sont libres, desserrées, le crâne rentré, les épaules basses. L'alignement vertical entre coccyx et occiput permet un minimum de tension et un maximum de stabilité ; il permet à la prise de terre de remonter sans effort jusqu'à la tête et alors, tout est connecté. Le thérapeute peut ainsi donner une image de force sans tension et de stabilité rayonnante.Centré dans son Dan Tian, il évite d'être biaisé par son mental et son émotionnel. Reposant dans son Hara, le rythme respiratoire se ralentit et se régularise ; les ondes alpha et téta apparaissent, liées à la stimulation des centre régulateurs de base du cerveau en rapport avec les centres instinctifs archaïques. Il s'agit là d'un état modifié de conscience obtenu naturellement, sans la part de conditionnement ou de soumission inhérente à l'auto-suggestion ou l'auto-hypnose. La musculature physique assurée par les muscles blancs rapides, fatiguables superficiels, est au mimimum contractée ; c'est la musculature tonique, celle des muscles rouges profonds, situés près de l'os sous contrôle cortical, qui assure la posture pour en faire un véritable état de présence.Usage de la respiration et de la voixLa respiration, c'est le moteur de l'état de conscience et elle suppose d'abord un placement juste dans l'agir. Tout d'abord, le mouvement respiratoire ne doit pas déformer l'axe Terre-Ciel, ni défaire le centrage dans le Dan Tian, car cet axe et ce centrage sont justement l'assise du mouvement respiratoire juste. Le thérapeute ne doit pas inspirer activement, mais laisser l'air entrer passivement ; l'intervention de la volonté ne fait bloquer l'entrée d'air. Il suffit en fait de détendre la musculature abdominale et la chute du diaphragme crée à la base des poumons un appel d'air formidable : l'air se précipite de lui-même à l'intérieur du corps ! Ce n'est pas seulement l'inspir qui se produit alors, mais l'inspiration, la véritable inspiration qui est un mouvement de disponibilité totale au créateur.Quant à la voix, le thérapeute travaillera essentiellement les harmoniques, la couleur et le timbre de la voix ; l'intensité et la hauteur sont beaucoup moins importantes. Le son fabriqué fabriqué par le thérapeute lorsque son espace de résonance est juste pourra faire entrer en vibration tout corps qui comporte des résonnances semblables à la sienne, donc celui de son patient ; l'acte thérapeutique inclut cette communication d'une vibration intérieure, d'une « parole secrète ».ConclusionEn fin de compte, on voit bien que l'acte d ‘acupuncture, bien au-delà du seul savoir technique, fait intervenir de nombreuses dimensions, à la fois complexes, profondes et subtiles. La source de l'efficacité de l'acte d ‘acupuncture se situe dans la justesse de la position, de l'alignement, de l'axialité, du centrage et de l'équilibre du thérapeute, à la fois physique et psychologique. C'est de cette justesse qu'émergent le geste juste, l'intention juste, le rythme juste, l'inspiration juste, la respiration juste, la voix et la parole justes; c'est de la justesse de tous ces aspects de l'acte d'acupuncture que provient la puissance et l'efficacité de celui-ci. Enfin et surtout, l'acupuncteur doit transmettre à ses patients cette position juste entre Ciel et Terre; c'est ce positionnement  entre Terre et Ciel, essence même de toute thérapie, qui fait de l'acte d'acupuncture un acte sacré.    

 

 Auteur : Dr. Thinion

 

 Source : Revue Arkologie, n°4


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